Publié le · 8 min de lecture · Laura Lakradi
N'importe qui peut écrire crèche canine sur une devanture. Le terme n'est pas protégé, aucun diplôme ne le conditionne, et il n'existe pas de label officiel à vérifier.
L'activité, elle, est encadrée. Garder des chiens contre rémunération relève de quatre obligations précises, et chacune laisse une trace écrite que vous pouvez demander à voir.
Un professionnel en règle vous les montre sans hésiter. Voici lesquelles, et ce que vous devez regarder dessus.
Obligation 1 : la déclaration d'activité
Garder des animaux de compagnie contre rémunération est une activité déclarée, au titre de l'article L. 214-6-1 du code rural et de la pêche maritime.
La déclaration se dépose auprès de la direction départementale en charge de la protection des populations, la DDPP, au moyen du formulaire CERFA 15045. Elle doit être faite au moins trente jours avant le début de l'activité, et renouvelée en cas de changement d'exploitant, d'activité, d'espèce ou de conditions d'hébergement.
Un point que peu de maîtres connaissent : au moment de cette déclaration, l'établissement doit désigner un vétérinaire sanitaire et fournir l'accord de celui-ci. Autrement dit, aucune crèche ne peut ouvrir sans un vétérinaire qui a accepté par écrit de la suivre.
Ce que vous pouvez demander. Le récépissé de déclaration, et le nom du vétérinaire sanitaire désigné. Deux documents, deux minutes.
Obligation 2 : la qualification, et la présence de la personne qualifiée
Au moins une personne en contact direct avec les animaux doit justifier d'une qualification professionnelle reconnue. La plus courante est l'ACACED, l'attestation de connaissances pour les animaux de compagnie d'espèces domestiques, délivrée par la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt après une formation en organisme habilité.
Elle couvre plusieurs activités, dont la garde d'animaux domestiques. Elle n'est pas acquise à vie : la réglementation impose d'actualiser ses connaissances au plus tard tous les dix ans.
La règle la plus utile pour vous est ailleurs. Depuis l'arrêté du 19 juin 2025, au moins un titulaire d'un justificatif de connaissances doit être présent à temps plein sur le site, et ses absences ne peuvent pas dépasser trente et un jours consécutifs.
La personne qualifiée doit donc être là, pas seulement figurer sur un papier. Une crèche dont la titulaire de l'ACACED passe une fois par semaine n'est pas en règle.
Ce que vous pouvez demander. L'attestation, en vérifiant qu'elle couvre l'espèce canine et qu'elle date de moins de dix ans. Puis une question simple : cette personne est-elle présente tous les jours ?
Une remarque honnête : l'ACACED est une base, pas un gage de compétence. C'est une formation courte. Elle prouve la connaissance du cadre légal, des besoins de l'espèce et des règles sanitaires. Elle ne dit rien de l'expérience du groupe de chiens, qui est le vrai métier d'une crèche. Demandez les deux.
Obligation 3 : le classement au titre des installations classées
C'est l'obligation la moins connue du public, et celle qui en dit le plus long sur le sérieux d'une structure.
Les activités de garde de chiens relèvent de la rubrique 2120 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement. Le régime dépend du nombre de chiens accueillis, et seuls comptent les chiens de plus de quatre mois.
| Nombre de chiens de plus de 4 mois | Régime applicable |
|---|---|
| Moins de 10 | Pas de régime ICPE, mais déclaration en préfecture et respect du règlement sanitaire départemental |
| De 10 à 50 | Déclaration |
| De 51 à 250 | Enregistrement |
| Plus de 250 | Autorisation |
La rubrique exclut les établissements de soins et de toilettage, ainsi que les rassemblements occasionnels comme les expositions canines.
Concrètement, dès qu'une crèche accueille dix chiens de plus de quatre mois, elle est une installation classée. Cela entraîne des prescriptions sur l'implantation, le bruit, l'évacuation des eaux et la gestion des déchets. Le texte de référence pour le régime de la déclaration est l'arrêté du 8 décembre 2006. La rubrique 2120 a été modifiée en dernier lieu par le décret du 2 février 2026.
Ce que vous pouvez demander. Le récépissé de déclaration au titre des installations classées. Une crèche qui annonce quinze ou vingt chiens par jour et qui ignore ce que signifie rubrique 2120 n'a pas fait le travail.
Obligation 4 : les règles sanitaires et de protection animale
Le texte applicable est l'arrêté du 19 juin 2025, qui fixe les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d'espèces domestiques. Il est entré en vigueur le 3 juillet 2025, il a été modifié en novembre 2025, et il remplace l'arrêté du 3 avril 2014 qui encadrait la matière depuis onze ans.
C'est le texte le plus récent et le plus détaillé du domaine. Voici ce qu'il impose, et qui vous concerne directement.
Un règlement sanitaire écrit, rédigé avec le vétérinaire. Il comprend au minimum un plan de nettoyage et de désinfection, les règles d'hygiène applicables au personnel et aux visiteurs, les procédures de soins et de prophylaxie, et une procédure de quarantaine.
Des visites vétérinaires régulières. Le vétérinaire désigné visite les locaux au moins deux fois par an. Les établissements de garde peuvent passer à une visite annuelle, à condition que celle-ci ne révèle aucun problème susceptible de nuire aux animaux.
Deux registres. Un registre d'entrées et de sorties, renseigné au plus tard soixante-douze heures après chaque mouvement et conservé trois ans. Et un registre de suivi sanitaire, où sont consignés l'état de santé, les soins et les vaccinations.
Des locaux adaptés. Les sols et les murs doivent être imperméables et lavables. L'établissement doit disposer d'un local d'isolement séparé pour les animaux malades, et de points de lavage des mains.
Des sorties quotidiennes. Les chiens doivent être sortis en extérieur tous les jours, et disposer d'un espace d'exercice.
Des surfaces minimales d'hébergement. L'arrêté fixe 5 m² par chien, sur une hauteur de 2 mètres. Cette disposition s'applique à partir du 1er juillet 2027 pour une partie des établissements.
Du matériel interdit. C'est le point que nous vous invitons à retenir. L'arrêté interdit les équipements qui provoquent douleur ou peur, et il cite les colliers à pointes, les colliers électriques et les colliers étrangleurs sans arrêtoir. L'usage de la muselière est limité à des cas définis.
Ce que vous pouvez demander. Le nom du vétérinaire et la date de sa dernière visite. Et une question directe : utilisez-vous des colliers électriques ou étrangleurs ? La réponse doit être non, sans hésitation ni justification.
Ce que la loi n'impose pas, et qui compte quand même
Deux points reviennent souvent dans les questions des maîtres, et ils ne relèvent d'aucune obligation.
Le taux d'encadrement. Aucun texte n'impose un nombre maximal de chiens par professionnel. C'est un choix de chaque structure, et il devrait figurer noir sur blanc sur son site. Méfiez-vous d'une réponse floue.
La vaccination. L'arrêté n'impose pas de calendrier vaccinal aux établissements. Il impose de consigner les vaccinations dans le registre sanitaire. Les conditions d'admission relèvent donc de chaque crèche. Une structure qui n'exige rien accepte des chiens dont elle ignore le statut sanitaire et les met en contact avec le vôtre. La toux du chenil est le point à vérifier en priorité : c'est elle qui circule en collectivité.
Les quatre questions à poser, en une minute
Si vous ne retenez qu'une chose de cet article, retenez ces quatre questions. Elles se posent au téléphone.
- Avez-vous un récépissé de déclaration auprès de la DDPP, et qui est votre vétérinaire sanitaire ?
- Qui détient l'ACACED chez vous, de quand date-t-elle, et cette personne est-elle présente tous les jours ?
- Combien de chiens accueillez-vous par jour, et comment êtes-vous classés au titre de la rubrique 2120 ?
- Quels vaccins exigez-vous, et quel matériel utilisez-vous pour gérer un chien difficile ?
Une structure en règle répond aux quatre en trois minutes. Une structure qui s'agace de la question vous renseigne tout autant.
Où en est MILOW
Nous écrivons cet article en pleine préparation de l'ouverture de notre crèche, et il nous paraît normal de répondre nous-mêmes à nos quatre questions.
Les deux cogérantes sont titulaires de l'ACACED. Notre capacité d'accueil nous place dans le régime de la déclaration au titre de la rubrique 2120. Notre protocole sanitaire est construit sur l'arrêté du 19 juin 2025 et fait l'objet d'une validation vétérinaire. Nos conditions d'admission exigent l'identification, les vaccins à jour dont la toux du chenil, un traitement antiparasitaire à jour et une sociabilité constatée. Nous n'utilisons aucun collier électrique, à pointes ou étrangleur.
Deux points restent en cours à la date de cet article : notre déclaration auprès de la DDPP du Loiret, qui intervient après l'immatriculation de la société, et deux questions d'interprétation que nous avons posées par écrit à ce même service.
Nous préférons l'écrire que le taire. Quand une structure affirme que tout est en ordre sans jamais mentionner une seule démarche en cours, c'est rarement parce qu'il n'y en a pas.
Questions fréquentes
Une crèche canine a-t-elle besoin d'un agrément ?+
Non, il n'existe pas d'agrément pour cette activité. Il existe une déclaration, à déposer auprès de la DDPP du département au moyen du formulaire CERFA 15045, au moins trente jours avant le début de l'activité. C'est le récépissé de cette déclaration qu'il faut demander, pas un agrément.
L'ACACED est-elle obligatoire pour garder des chiens ?+
Au moins une personne en contact direct avec les animaux doit justifier d'une qualification professionnelle reconnue. L'ACACED est la voie la plus courante, mais certaines certifications professionnelles sont admises en équivalence. Depuis l'arrêté du 19 juin 2025, cette personne doit être présente à temps plein sur le site, avec des absences qui ne dépassent pas trente et un jours consécutifs.
À partir de combien de chiens une crèche est-elle une installation classée ?+
À partir de dix chiens de plus de quatre mois, l'activité relève du régime de la déclaration au titre de la rubrique 2120. De 51 à 250 chiens, le régime devient l'enregistrement. Au-delà de 250, l'autorisation. En dessous de dix chiens, il n'y a pas de régime ICPE, mais l'activité reste soumise à déclaration en préfecture et au règlement sanitaire départemental.
Qu'est-ce que l'arrêté du 19 juin 2025 a changé ?+
Il remplace l'arrêté du 3 avril 2014 et il est entré en vigueur le 3 juillet 2025. Il précise les règles d'hébergement, les surfaces minimales, les registres, la quarantaine des nouveaux arrivants et la présence obligatoire d'une personne qualifiée. Il interdit aussi les équipements provoquant douleur ou peur, dont les colliers électriques, à pointes et étrangleurs sans arrêtoir. Certaines de ses dispositions entrent en vigueur de façon échelonnée jusqu'en 2029.
Une crèche canine peut-elle refuser mon chien ?+
Oui. Les conditions d'admission relèvent de chaque établissement. Un refus peut porter sur les vaccins, l'âge, le comportement en groupe ou l'appartenance à une catégorie réglementée. Ces conditions doivent figurer dans les conditions générales de vente, que vous pouvez consulter avant de réserver.
Qui contrôle les crèches canines ?+
Les services vétérinaires de l'État, au sein de la direction départementale en charge de la protection des populations. Les contrôles portent sur les conditions d'hébergement, l'hygiène, les registres et la qualification du personnel. Si vous constatez qu'une structure n'est pas en règle, vous pouvez le signaler à la DDPP de votre département. En cas de mauvais traitements, le signalement est à faire sans attendre.
